lundi 31 octobre 2011

Qu'est-ce qu'un républicain?


En France aujourd'hui, tout le monde est républicain. Cette formule est devenue une vérité première (et donc une erreur première pour paraphraser Bachelard). Bien sûr, il ne s'agit pas de pointer les quelques nostalgiques d'une royauté passée, dont bien peu en vérité rêvent à la restauration de l'Ancien régime et de son pouvoir monarchique. Il ne s'agit pas non plus de parler de ces groupuscules fascisants qui rêvent d'un retour du "Chef", qui est un roi d'opérette avec des camps de concentration pour condamner le rire. Il s'agit de se demander si ce que tout le monde appelle "républicain" en est véritablement un.

Dans un texte qui a fait date, Régis Debray posait deux alternatives : démocrate ou républicain. Pour le philosophe, il s'agit de deux conceptions divergentes de l'organisation des pouvoirs. Il y distingue ce qui fait l'originalité de la République française, notamment face au mode d'organisation des pays anglo-saxons. Le choix des termes : Républicain et Démocrate a un défaut. Pour ceux qui ne lisent pas ce texte, il rappelle le clivage politique des Etats-Unis d'Amérique, au risque d'un grave contresens, car dans la définition de Debray, le républicain américain reste un démocrate.

Quelle différence alors? L'un voudrait la démocratie, l'autre la République fut-elle non démocratique? Là encore, le choix des termes est porteur de confusions. Il s'agit d'une opposition entre deux manières d'aborder la démocratie, pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple (Lincoln). D'un côté, le républicain qui fait de l’État, le lieu d'exercice de ce pouvoir: la République. De l'autre, le démocrate qui tient à distance cet Etat pour laisser les citoyens s'organiser comme bon leur semble. Il en découle une vision de l'Etat unitaire d'un côté et fédéral, communautariste (le mot n'était pas encore en vogue) imprégné de la démocratie de marché de l'autre.

Le texte de Régis Debray permet de le deviner, mais lui ne l'affirme pas: ce qui distingue républicains et démocrates, c'est avant tout une vision différente de la Liberté. Mais conservons le suspense sur cette différence et écartons tout de suite, une idée qui a du se glisser inévitablement. La France pourrait-elle vraiment être une exception mondiale?

Originalité française, voilà une idée qui peut-être taxée d'arrogante. La France contre le reste du monde, le syndrome d'Asterix comme aiment à le dire certains écolos... et pourtant le républicanisme n'est pas Français, la France représente seulement une des expressions de celui-ci. A l'époque ou Debray écrit ses lignes, la seule. Aujourd'hui, certains régimes latino-américains hésitent entre le républicanisme, le marxisme léninisme et la démocratie à l'américaine. Gageons qu'ils inventent eux aussi leur originalité. Il faut aussi rendre comme Debray justice aux Suisses d'avoir en la matière été les premiers. Quid alors des allemands, espagnols, italiens, norvégiens, indiens...Force est de constater que leurs systèmes sont aussi originaux, mais tellement démocrates. Pour le reste, il suffit de se rendre compte comme Machiavel qu'il existe deux types de régimes: les principauté, ou un seul exerce le pouvoir et les républiques.

Seconde question, la France est-elle une république dominée par les républicains ou par les démocrates? La lente évolution que le philosophe pressent s'est poursuivie et les démocrates sont aujourd'hui au pouvoir depuis plus de trente ans. Qu'ils soient de droite ou de gauche imposants un alignement sur le modèle anglo-saxon sur fond de construction européenne. La constitution se modifie lentement, tandis que l'Etat qui faisait la République perd peu à peu prérogatives et services publics. On s'aligne en conservant une forme d'arrogance, qui n'est qu'un succédané d'indépendance.

Reste, cette idée étonnante: le républicanisme. L'idée née aux Etats-Unis sous la plume de l'irlandais Philip Pettit, ou plutôt à Florence si on croit le professeur de Princeton et ses acolytes: l'anglais Quentin Skinner, le Français Fabien Spitz, le Français Denis Collin qui a contribué à faire connaître la pensée des précédents. Pour le républicanisme, le premier est sans conteste Nicolas Machiavel, auteur du Prince, mais également des discours sur la première décade de Tite-Live (extraits). Viennent ensuite des penseurs tels l'anglais Harrington (Commonwealth of Oceana), Montesquieu. Un temps, le républicanisme prend aux Etats-Unis, puis disparaît comme le montre Petit. C'est finalement en France qu'il réapparaît, mais sans lien direct avec tous ces penseurs (tous s'entend au sens de tous ensemble).

Machiavel n'est pas un idéologue, il s'en défend d'ailleurs comme le rappelle cette citation du Prince: "Bien des gens ont imaginé des républiques et des principautés telles qu’on n’en a jamais vues ni connues. Mais à quoi servent ces imaginations ? Il y a si loin de la manière dont on vit à celle dont on devrait vivre, qu’en n’étudiant que cette dernière on apprend plutôt à se ruiner qu’à se conserver ; et celui qui veut en tout et partout se montrer homme de bien ne peut manquer de périr au milieu de tant de méchants."
Le Florentin élabore une pensée, composée de discours, remarques, aphorismes pour lequel Quentin Skinner a dessiné les grandes lignes de force, l'idée de Fortune, de Virtu, le sens de l'intérêt général. Petit, lui, fait de Machiavel le premier a avoir conçu la Liberté comme non domination. On cite souvent ce passage des discours sur la première décade de Tite Live comme la marque de cette intuition:
"A ne considérer que ces deux ordres de citoyens : les Grands et le Peuple, on est obligé de convenir qu'il y a, dans le premier, un grand désir de dominer; et dans le second, le désir seulement de ne pas être dominé, par conséquent plus de volonté de vivre libre."
Ce concept va être effacé par la dialectique définie plus tard par Benjamin Constant entre la liberté des anciens et celle des modernes. Ces deux définitions contradictoires de la Liberté éclipsent l'intuition machiavélienne au point qu'on présente souvent le triptyque français "Liberté, égalité, fraternité" ou les institutions françaises qui en découlent comme une volonté de réconcilier ces deux définitions (voir par exemple le Que sais-je consacré à la devise).
La Liberté des anciens (en référence à Athènes) est une liberté positive. L'Homme y est libre car il participe à l'élaboration des lois, très souvent au moyen de la démocratie directe. Ces lois qui lui imposent des limites sont le fruit de sa liberté. Il est a égalité avec les autres citoyens à la fois pour voter la loi (un homme, une voix) et dans l'application de cette même loi. Orwell dans sa "ferme des animaux" ironise sur cette forme de démocratie qui peut devenir la tyrannie de la majorité. Assemblés dans la ferme, les animaux sont dominés par Napoléon qui fait donner de la voix aux moutons. Denis Collin rappelle à juste titre que cette forme de démocratie n'a pas duré longtemps (commune de Paris, expériences de la guerre d'Espagne...) et que la tyrannie de la majorité est souvent devenue la tyrannie d'un seul (Staline, Mao...). Est-il besoin de citer les partis qui font leur cette Liberté des anciens?
La liberté des modernes est une liberté négative (elle se définit par une négation). Elle au cœur du libéralisme et de ses dérivées. L'Homme est libre, dès lors que personne ne vient s'ingérer dans ses affaires privées. C'est la Liberté des démocrates: Dieu pour tous et chacun son business. La référence a Dieu n'est d'ailleurs pas anecdotique si on suit Régis Debray dans le texte pré cité. Avec un Dieu commun (ou une Reine), les citoyens sont réunis symboliquement. Cette liberté n'est pas pas licence.
Cette Liberté aime le contrat d'homme à homme, l’État quand il existe a tout juste le pouvoir de faire respecter la parole donnée. Rawls et sa théorie de la Justice essaie de penser dans cette liberté, une forme de justice sociale. Le principal défaut de cette Liberté des modernes est de mettre sur un pied d'égalité théorique le fort et le faible. Le salarié qui signe un contrat avec son patron est-il son égal? Surtout si le patron, comme l'entreprise est sa propriété, peut décider de préserver sa liberté en imposant sa loi. Le fort est libre de partir ailleurs s'il veut produire moins cher.
La Liberté comme non domination est également une liberté négative (elle se définie comme l'exact opposé de l'esclavage). Elle pose donc qu'un homme est libre s'il n'est pas soumis à l'arbitraire de quelqu'un. On y retrouve une part de la liberté des modernes, mais en ne traitant pas d'égal à égal le faible et le fort. On y trouve l'importance de la Loi et du vote présent dans la Liberté des anciens, puisque selon le mot de Lacordaire "entre le fort et le faible...c'est la loi qui affranchit et la liberté qui opprime" (Lacordaire pense à cette liberté des modernes). La différence entre les deux systèmes repose sur un pivot: l'Etat et sur son contrôle seul garantie que cet État ne devienne pas à son tour un tyran. 
Un républicain n'est donc pas un démocrate au sens ou l'entend Debray. Il ne croit pas à la Liberté des modernes car elle est synonyme de domination des puissants sur les autres. C'est avant tout quelqu'un qui est attaché à la Liberté comme non domination. Le hasard fait que la France a approché cette vision de la Liberté comme non domination, mais qu'elle s'en éloigne sous le coup d'une partie d'elle-même. Et vous, vous en êtes?

mercredi 26 octobre 2011

Lettre à Jean-Luc Mélenchon

Cher Jean-Luc Mélenchon,

Je me permets de te tutoyer, car entre citoyens c'est l'usage. J'ai lu ta lettre ouverte aux partis de gauche pour proposer de s'entendre sur un référendum autour de la question du nucléaire. Certes, je ne suis pas un leader d'un parti de gauche ( d'ailleurs tu as omis Chevènement dans ton courrier ), mais je me permets de te répondre. Tu me pardonneras de m'inviter dans un échange pour lequel je n'étais pas convié.
J'aime beaucoup l'idée d'un référendum et le nucléaire est une question importante qui peut en mériter un.

Toutefois, j'ai deux remarques à te faire, la première sur le sujet du nucléaire, la seconde sur l'urgence de ce référendum-là. Je me doute que nous ne sommes pas d'accord sur le devenir du nucléaire en France et je me réjouis de voir que la question n'est pas tranchée au Front de gauche, tu es un des candidats pour lesquels je pourrais voter lors de la présidentielle et je ne te cache pas que c'est ta position pour une sortie du nucléaire qui me fait le plus hésiter.

Comme tu le remarques justement, nous sommes soumis à un choix crucial concernant les énergies fossiles. Elles sont responsables du réchauffement climatique et ce dernier pourrait avoir de très graves conséquences sur l'avenir de l'humanité. J'ai envie de te dire justement que c'est vers cette sortie-là que nous devons aller en premier. Sortons des fossiles et nous verrons ensuite pour le nucléaire.

Tu évoques les modes de consommation, c'est vrai que notre société pousse le consumérisme jusqu'à l’écœurement. Faut-il pour autant ne s'intéresser qu'à la seule question de l'électricité? Si on prend l'ensemble des productions énergétiques, l'électricité n'est qu'une faible part. Il ne faut pas oublier les transports et le chauffage. Or le transport est une source importante de production de CO2.

Je pense que nous avons besoin de l'électricité pour permettre de transformer nos modes de transport: pour les trains, mais également pour faire rouler des voitures électriques. Nous sommes d'accord qu'une voiture électrique qui roule en utilisant la production de centrales thermiques contribue à émettre plus de gaz à effet de serre, qu'une même voiture roulant à l'électricité nucléaire. Je te vois venir, tu vas me parler des renouvelables...

On ne va pas se raconter d'histoires, les renouvelables ne sont pas en mesure de remplacer totalement le nucléaire. D'abord parce que le solaire ou l'éolien ne sont pas continus et parce que l'hydraulique qui est rentable ne peut être construit n'importe où. C'est ce qui explique que des pays comme l'Allemagne ou l'Italie produisent aujourd'hui leur électricité d'abord avec des fossiles.

Tu es venu au mois d'avril à l'île de la Réunion, où tu as salué le pool énergétique. On a du oublier de te dire que l'île produit son électricité d'abord à partir d'un mix bagasse/charbon, puis à l'aide d'une centrale thermique. Les éoliennes font joli dans le paysage, mais produisent peu...Imagine au niveau de la France ce que ça serait. Une belle augmentation de l'émission de CO2 et ce qui pourrait la compenser ne serait qu'une tartufferie...

Pour que les renouvelables soient rentables, il faudrait trouver un moyen de stocker l'électricité pour compenser les périodes sans vent ou sans ensoleillement optimal. L'hydrogène pourrait faire office de vecteur, mais tu sais comme moi que ce n'est pas simple. Avant de se précipiter, on pourrait donc commencer par élaborer des solutions efficaces. Tiens, on pourrait faire des Outre-Mer français des laboratoires énergétiques du renouvelable, ça pourrait même les aider à se développer.

Transformer une société pour permettre de réduire les temps de transport ne se décrète pas en un temps court au risque de réaliser un grand bond en arrière qui aurait, pour l'économie et le social, de graves conséquences. Idem pour le remplacement du bâti qui peut permettre de faire baisser la consommation énergétique. Il faut laisser du temps aux ménages de s'adapter, surtout aux plus modestes qui habitent souvent les logements les plus énergivores. Conservons le nucléaire mais entamons cette révolution énergétique. Après, une éventuelle sortie ou réorientation sera plus facile.

Bon, je sens qu'il va falloir parler sécurité. Je pense que Fukushima nous a enseigné une chose: confier le nucléaire à des entreprises soumises à concurrence aboutit à encourager le low cost. En choisissant, un autre système, la centrale n'aurait pas connu tous ces déboires. Je ne sais pas ce que tu en penses, mais on pourrait par exemple reconfier le nucléaire à l'Etat. Jusqu'à preuve du contraire en France, il a prouvé son intérêt pour les questions de sécurité. On pourrait même, sous conditions, autoriser certains opposants au nucléaire à exercer un audit de manière transparente. 

Parlons maintenant de l'intérêt de conserver le nucléaire en France. Regarde le pays, il est très désindustrialisé. Les choix économiques et européens ont fait que la France a perdu de nombreux savoir-faire dans le domaine industriel, or c'est un secteur créateur de travail! Le nucléaire est une industrie pour laquelle nous ne sommes pas mauvais, a-t-on les moyens de s'en priver? En plus, il y a la fusion, c'est une énergie qui peut être intéressante, non?

Voilà pour le premier point; pour le second, je vais faire court. Le pays connaît depuis trente ans une situation de chômage de masse et de précarité. Je ne t'apprends rien. Or, cette situation est liée à des choix économiques et politiques évidents. Comment pourrait-on faire pour pratiquer une politique de relance keynésienne sachant que la BCE est indépendante...et je ne te parle pas des difficultés à démondialiser ou à reprendre le contrôle sur les marchés boursiers, vu les orientations européennes.

Tu vois, ton idée de référendum, elle est excellente (mais soumets-la quand même aussi à Chevènement, ce serait plus classe...). Par contre, c'est peut-être sous l'angle économique et social qu'il faudrait l'orienter. Tiens, si on refaisait un référendum pour demander aux Français ce qu'ils veulent comme Europe ?

Nicolas Bonin

lundi 10 octobre 2011

Le défi d'Arnaud Montebourg

Le premier tour de la primaire citoyenne du Parti socialiste s'est déroulé le 9 octobre. Avec 350 000 suffrages, Arnaud Montebourg réalise une véritable percée qui fait de lui le troisième homme de cette campagne. Partisan de la "démondialisation", concept emprunté au penseur philippin Bello et défendu par des économistes comme Jacques Sapir, le candidat a réuni derrière son nom des citoyens venus de plusieurs familles politiques: socialistes, républicains, alter-mondialistes. Ce sont souvent d'anciens partisans du "non" lors du référendum de 2005 sur le Traité constitutionnel européen. Si l'alchimie a fonctionné sur un vote, le député doit maintenant transformer l'essai et faire de l'attelage électoral une véritable alliance susceptible de le porter au pouvoir.

La stratégie électorale d'Arnaud Montebourg

Il est toujours délicat de postuler sur la réalité d'un électorat. Les commentateurs politiques ne manqueront pas de souligner la jeunesse d'Arnaud Montebourg, son dynamisme et sa verve, mais ils omettront sans doute de se demander pourquoi ces mêmes qualités n'ont pas permis à Manuel Valls de percer. Mieux vaut se pencher sur la stratégie voulue par le candidat. Un de ses proches livre, lui, une analyse de cet électorat dès le soir du premier tour. 

           Gaël Brustier, proche de Montebourg : « C'est une victoire culturelle, il a opéré une synthèse politique originale entre toutes les gauches, écologiste, républicaine, communiste. C'est une personnalité qui émerge. Maintenant il va falloir penser sérieusement à ce qu'il fera de cette victoire. » (sur Marianne 2)
L'auteur de ces mots a théorisé par le passé cette stratégie à travers deux ouvrages: "les socialistes, les altermondialistes et les autres" et "voyage au bout de la droite" (co-écrit avec Jean-Philippe Huelin). Le premier ouvrage s'attache à analyser la situation politique française à l'aune de la sociologie, de la géographie et de l'histoire des idées. On y prône une révolution culturelle qui réunirait tenants de la social-démocratie, altermondialistes et une troisième force venue de l'arc républicain qui avait soutenu Jean-Pierre Chevènement en 2002. Le second ouvrage analyse les mécanismes qui ont permis à la droite en Europe et aux Etats-Unis d'imposer ses idées dans le débat politique. L'auteur appelle à redécouvrir l'italien Gramsci pour fournir à la gauche les armes du combat culturel.

De fait, la stratégie de Gaël Brustier a pris corps. Aux socialistes se sont ajoutés des soutiens venus du Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon, du Mouvement Républicain et Citoyen de Jean-Pierre Chevènement, d'une petite frange d'Europe Ecologie et même des républicains de Nicolas Dupont-Aignan.

On peut s'étonner de trouver côte à côte partisans de la décroissance et défenseurs d'une politique industrielle, partisans et opposants de l'énergie nucléaire, défenseurs d'une Europe sociale et eurosceptiques, sixiémistes et gaullistes, la liste est loin d'être exhaustive. Certes, le rejet des candidats Hollande et Aubry a joué dans cette alliance, Manuel Valls prônant ouvertement un social-libéralisme assumé ne pouvait espérer capter ces électeurs. Ce rejet n'explique pas tout.

La démondialisation comme dénominateur commun

Le programme d'Arnaud Montebourg a-t-il convaincu alors ? Force est de constater que ses propositions ont été aussi composites que son électorat. Ses amis de la Convention pour la sixième république (C6R) ont sans doute été séduits par le volet institutionnel, les écologistes et décroissants ont sans doute apprécié son volet "énergies nouvelles" et dans le même temps sa vision du nucléaire permettait de ne pas crisper les autres. On peut égrainer son projet, voir également les questions sur lesquelles, il a tenté une subtile alchimie entre des courants opposés (sur l'école par exemple), ce ne sont pas ses propositions qui ont scellé l'ensemble, c'est UNE proposition: la démondialisation.

C'est elle qui lui offre son meilleur score. D'abord, l'idée de revenir sur le libre échange, en créant un protectionnisme européen séduit l'ensemble des courants qui le soutiennent et qui sont portés par des partisans du Non au Traité constitutionnel de 2005. La démondialisation est le dénominateur commun entre des projets s'opposant au système économique et politique de l'actuelle Union européenne et c'est aussi, pour la première fois, un véritable projet positif et non une somme de rejets ou d'incantations. De tous les thèmes de la campagne, c'est celui qui a été mis le plus en avant dans les propositions du candidat. Il a dès le soir du premier tour insisté, avec raison, sur ce concept.

L'avenir?

Une telle alliance peut-elle durer ? En 2002, Jean-Pierre Chevènement a tenté une alliance large: le Pôle républicain. Cette expérience constitue un précédent à même de livrer quelques enseignements pour le futur d'Arnaud Montebourg. Inspiré par le brassage des courants politiques de la Résistance pendant la Seconde guerre mondiale, l'ancien ministre de l'intérieur avait prôné une alliance au dessus de la droite et de la gauche avec pour thème fédérateur: la République.
Un temps, cette mécanique fonctionne, sa campagne est dynamique, les sondages le donnent en troisième position et au final, il parvient à réunir un million et demi d'électeurs sur son nom. Pour remporter la présidentielle, c'est trop peu, pour constituer un courant républicain dans le paysage politique, c'est suffisant. Par la suite, ce courant s'est délité et les groupes sont revenus dans leurs familles d'origine ou ont changé de bord. Un même destin pour Montebourg ?

On peut remarquer que la référence à la République de Chevènement était sans doute moins pratique que l'idée de démondialisation de Montebourg. L'ex-maire de Belfort avait pourtant réussi à rassembler des gens venus de l'extrême gauche trotskiste, d'ancien communistes, socialistes, centristes, gaullistes et une poignée de proches de Philippe de Villiers, une alliance large (sans doute trop) constituée des anciens opposants au Traité de Maastricht. L'échec du Pôle républicain, c'est l'échec d'une fusion de ces forces qui aurait effacé en partie les différences autour d'un projet commun. Arnaud Montebourg est aujourd'hui confronté à un choix du même ordre, s'il veut que ses 350 000 électeurs deviennent les partisans d'une nouvelle force démondialisatrice, il lui faudra fusionner ses différents courants. Pas simple. D'autant qu'une partie des soutiens est venue d'alliés, non de partisans.

"Que faire?" Lénine

Ne rien faire, attendre pour voir ? Ce serait le pire des choix dirait Machiavel. C'est l'absence de corpus politique lisible pour la majorité des citoyens qui a privé le mouvement le Pôle Républicain, devenu Mouvement Républicain et Citoyen, d'une doctrine d'action lui permettant de gagner le combat culturel et d'imposer ses choix au monde politique. Subissant l'actualité, le MRC est devenu un commentateur de la vie politique, pris entre des alliances électorales locales avec le PS et l'envie d'en découdre avec ce parti au niveau national. Montebourg, s'il veut que son courant se développe, devra stabiliser ses troupes autour d'un projet commun. Il lui faudra aussi aller rapidement vers ses électeurs pour recruter ceux qui alimenteront demain son combat.

"La Fortune nous laisse maîtres de l'autre moitié...", Machiavel

Ce projet ne peut naître que d'un débat large où les compromis se dessineront. Imposer les compromis par le haut, c'est courir le risque de voir chacun rentrer chez soi, risque également présent en cas de choix d'une idéologie contre une autre. Autre contrainte: la difficulté qui existe entre d'un côté, le besoin de cohérence et la discipline politique qui permettent l'efficacité et, d'autre part, le besoin de débats construits, articulant parole des experts et apport des citoyens, seul moyen de ne pas appauvrir idéologiquement son courant pour le voir se scléroser en un club de supporters.

La solution passe par la mise en route, en pleine campagne certes, d'un club politique, où le débat est libre mais soutenu.  C'est un pari aisé si aucun accord n'a été obtenu sur la démondialisation, car il est alors possible de demander à des militants de s'investir dans ce club plutôt que dans la campagne. C'est une solution plus ardue en cas de soutien à un autre candidat, car elle prélève des militants et les occupe à temps plein. Dans tous les cas, c'est une solution qui ne peut être esquivée, elle seule permettra le "recrutement" des sympathisants et permettra de faire pression sur les candidats.

S'enfermer dans une logique de l'action pour l'action sur l'air du "on fait campagne, il faut battre la droite"? Erreur stratégique qui démobilisera une partie des troupes et laissera de côté les sympathisants qui ont soutenu l'originalité du projet et pas le projet "degauche". D'autre part, trois "alliés" d'Arnaud Montebourg sont candidats à la présidentielle. Tous les trois ne le seront peut-être pas au moment de présenter les 500 signatures, mais tous auront intérêt à rappeler leurs troupes et à inviter l'électorat de Montebourg à les rejoindre. La campagne socialiste, par ailleurs, amènera inévitablement, le corps des troupes militantes à s'investir dans cette campagne pour tenir la promesse d'unité du candidat et espérer "battre la droite".

Le choix de l'alliance de second tour est cornélien: soutenir Aubry au risque de ne pas voir l'ensemble de ses troupes apporter le nombre de voix manquantes ? Soutenir Hollande au risque d'apparaître se renier ? Une troisième position existe : funeste, ne pas choisir et perdre tout espoir de peser. Il y a une autre possibilité.

Arnaud Montebourg est aujourd'hui à la croisée des chemins. La Fortune*, pour reprendre un concept cher à Machiavel, vient de lui être favorable. Elle peut tout défaire, sauf si pour la dompter, on fait oeuvre de vertu, à la manière d'un marin qui trouve sa route face à la mer déchaînée. Que peut-être la bonne stratégie ?

La meilleure, c'est de ne rien lâcher sur la démondialisation. 350 000 électeurs ont le droit d'obtenir des gages sur l'élaboration d'un protectionnisme européen. Il faut sans doute ne défendre que ce concept, sans se laisser égarer par le reste. Il y a deux manière d'agir en fonction de ce qui est obtenu.

Soit on obtient l'intégration de la démondialisation dans les propositions du candidat socialiste, il s'agit alors de faire campagne, ne serait-ce que pour promouvoir le concept. Soit on n'obtient pas cette intégration et alors il faut se mettre en retrait pour la défendre quand même tout en faisant campagne loyalement, mais sans zèle. Les petites concessions sont à proscrire, elles peuvent discréditer le candidat et laisser penser qu'il ne tient pas tant que ça à son idée.

Parallèlement Arnaud Montebourg doit négocier... un poste (si la démondialisation est intégrée dans le logiciel socialiste) : le ministère des affaires européennes. Ce ministère doit être assorti d'une mission: négocier une politique protectionniste au niveau européen, une prise de contrôle sur la BCE. Au passage, il peut se servir des plans B et A de Jean-Pierre Chevènement. C'est un bon compromis pour inciter ce possible candidat à ne pas se présenter et une garantie pour qu'il ne perde pas la face.
En cas de refus, Montebourg fait alors campagne loyalement, tout en travaillant activement à fédérer les "démondialisateurs".

En parallèle de la campagne socialiste, Montebourg dispose d'un atout. Il peut également devenir l'artisan du ralliement des autres candidats. En multipliant les débats constructifs, tenir langue, autant que faire se peut, avec d'éventuels partenaires du PS, il prépare un futur ralliement sur des bases saines. Accueilli à bras ouvert par Mélenchon, Chevènement ou Dupont-Aignan, Montebourg est une chance pour le Parti socialiste.

Pour le député Arnaud Montebourg, il y a urgence à ne pas jouer un coup mais à en préparer plusieurs: dans et hors du PS. Les deux approches sont inséparables et les décisions doivent être prises avant que le rythme de la campagne présidentielle ne s'impose à lui. Dedans, c'est négocier un ralliement contre la démondialisation, dehors c'est maintenir le lien avec les autres forces et se doter d'un club politique. Ces coups lui ouvriront les portes du pouvoir à courte ou moyenne échéance, quelque soit le résultat de l'élection au mois d'avril.

Nicolas BONIN

* La Fortune, déesse romaine permet au penseur florentin de désigner tout ce que l'homme ne contrôle pas dans la marche des sociétés. Machiavel invoque la vertu comme qualité incontournable pour l'homme politique, la virtus étant la capacité à faire plier la Fortune.

jeudi 14 juillet 2011

Primaires, qui? Quoi? Quand? Comment?

Première primaire, presqu'à l'américaine en France. Le parti socialiste invite pour le mois d'octobre ses sympathisants à prendre part à la désignation de son candidat à l'élection présidentielle de 2012. Pour voter, il suffira de s'acquitter d'un euro symbolique et d'une signature de charte sur les valeurs de la gauche. Le système s'inspire du système états-uniens où démocrates et républicains désignent ainsi leurs candidats. Substistent quelques différences et une question sur la greffe au regard des moeurs politiques françaises.

Première différence, notable, il n'y a qu'un parti qui effectue cette démarche et non l'ensemble des grandes forces politiques. La subordination des candidatures à un projet en 30 points laisse moins de lattitude pour un débat approfondi comme peut l'être le débat américain, où les primaires permettent de trancher non entre des personnalités mais entre des courants. Au parti républicain Sarah Palin courait pour les néo conservateurs tandis que Mc Cain représente les modérés. Il y a peu de chances que la démondialisation de Montebourg se retrouve dans le projet  Hollande ou Aubry.

Grande première et premier enjeu: la participation. Il s'agirait de sortir la Politique des écuries partisanes pour la faire entrer dans une nouvelle ère... Soyons prosaïques, le parti compte à peu près 100 000 adhérents. Si la primaire mobilise ce nombre de personnes, ce sera un échec retentissant. Quelle différence alors avec un vote interne? Reste à savoir à partir de combien il s'agirait d'un succès: 200 000? 500 000?

Rappelons que d'après le baromètre politique du Cévipof, seuls 22% des Français font confiance à la gauche pour gouverner le pays contre 21% à la droite, le reste étant indifférent à ces camps. Ces 22% représentent en théorie 9 millions d'électeurs potentiels. Avec une élection en 2012 et donc un choix à faire, entre un premier et un second tour, entre plusieurs candidats, y compris à gauche, beaucoup ne verront peut-être pas l'intérêt de se déplacer pour l'avant première.

Pour le PS et le Parti radical de gauche, il s'agira aussi de savoir également si cette primaire permet d'éviter que ne se reproduise le lâchage en rase campagne du candidat désigné comme en 2007. On se souvient que Ségolène Royal victorieuse lors d'un vote des militants n'avait pas reçu l'appui de ses anciens adversaires et néanmoins camarades.

Aujourd'hui, le choix de faire précéder le scrutin par la rédaction d'un projet a sérieusement limité la possibilité de tractations et donc de ralliement contre éléments de programme (ce qui se fait aux Etats-Unis) des candidats entre eux. C'est également ce choix qui a débouté certains "petits partis" de rejoindre l'ensemble.

Venons en au vote lui même. La droite va-t-elle se mobiliser pour choisir le pire candidat socialiste? Avant l'organisation de ce type de scrutin, original, de nombreuses personnes postulaient qu'en France un tel système inciterait les opposants au parti organisateur à voter pour le pire candidat. Il semble qu'à quelques exceptions près, les militants de droite et du centre resteront à l'écart.
Pourquoi se déplacer? Pour qui?et il y a mieux à faire...
Pour agir, il faudrait qu'il y ait à droite une véritable volonté d'organiser un soutien à grande échelle (notamment pour envoyer des militants pas trop connus ou panacher les sections). Il faudrait être certain que le candidat choisi sera un véritable perdant. Aux Etats-Unis, les Républicains qui auraient manoeuvré pour placer Obama au prétexte "qu'un noir ne sera jamais élu" en ont été pour leurs frais. En revanche, il n'est pas exclu que des coups de pouce, ou boutades corréziennes, existent. En 1995 Mitterrand avait bien aidé Chirac contre Balladur.

C'est bien le problème de la droite aujourd'hui, son manque d'unité est flagrant, à la différence de 2007, les signes de division sont nombreux: tentation de recréation d'une nouvelle UDF, autonomie des chrétiens démocrates et poussée du FN dans les sondages. Dans ce contexte, on imagine mal, les amis d'Alain Juppé s'assoir autour d'une table avec la droite populaire pour déterminer quel socialiste il faut absolument désigner. Bien sûr, des noms circulent : Ségolène, Martine. A bien regarder tous les candidats qui se présentent peuvent devenir des "perdants", tous peuvent aussi espérer l'emporter car un scrutin se joue sur des milliers de paramètres et pas seulement sur les sondages.

Au Centre, l'extrême division et les moeurs politiques "modérées" freinent considérablement ce type de manoeuvres. Quel serait d'ailleurs l'intérêt des centristes: désigner un candidat très à gauche pour récupérer un électorat ou désigner un centriste de gauche pour préparer une alliance? On imagine le dilemne. Aux extrêmes, les partis ont peu de troupes, il serait amusant de les voir voter les uns pour le candidat le plus à gauche, les autres pour le plus à droite. Leur impact (et en imaginant une mobilisation militaire) porterait sur combiens de bulletins? Quelques centaines peut-être...

En revanche, il y a fort à parier que les partis de gauche et du centre gauche qui ne prennent pas part au scrutin envoient leurs militants voter. Officiellement, Europe Ecologie, le Front de Gauche, le Mouvement républicain et citoyen ne donnent aucune consigne. Officiellement car officieusement des noms circulent. On a vu d'ailleurs des candidats à la primaire s'afficher aux côtés de candidats tout court ( et ). Il y a eu des appels du pied vers tel ou tel courant pour attirer les scrutins. Martine Aubry qui drague les écologistes sur le nucléaire par exemple. Bref des manoeuvres de couloir qui permettront à quelques candidats de remonter quelque peu leur côte, malmenée à l'intérieur du parti. Sans doute une bonne raison de penser que les jeux ne sont pas encore fait. Aubry ou Hollande ne sont pas plus installés dans le fauteuil que ne l'étaient Hulot et Joly lorsque le vote écologiste a débuté.

Nicolas Bonin

mardi 28 juin 2011

Pourquoi je ne signerai pas la pétition de Raoni

Depuis quelques jours, une pétition circule sur le Web. Sur le Facebook* francophone, elle recueille plusieurs milliers de signatures. Cette pétition peut, par ailleurs, se targuer de soutiens prestigieux de Bernard Lavillier à Renan Luce, en passant bien sûr par Nicolas Hulot. Elle semble initiée par Raoni, médiatique indien de l'Amazonie qui a inspiré le film le "Jaguar". On le sait l'Amazonie est le "poumon" de la planète. La sauver, c'est sauver le monde. Cette pétition est donc celle d'une cause noble, juste. Alors que coûte une petite signature? Allez fais un geste pour la planète signe!

Moi, je ne signe pas.

Imaginons, José Bové excédé qu'une entreprise bâtisse un pont géant à Millau décide de dégainer l'arme atomique: la pétition. Il proteste contre la création de ce viaduc et en appelle au monde. Via Facebook, Twitter, Viadeo, copains d'avants et l'île aux enfants, il demande aux brésiliens, aux chinois, aux indiens et aux indonésiens de signer. Vu leur nombre, il y aurait un grand nombre de signatures. Loin de la France, séduits par l'argument de la préservation du terroir français qui fournit une riche cuisine et des vins reconnus, indiens, chinois, brésiliens, indonésiens répondent à l'appel du Asterix bio: ils protestent contre la verrue que représente ce pont dans le paysage. Quelle serait votre réaction? 

La mienne serait claire, comme elle l'est aujourd'hui pour les Brésiliens. Nous n'avons pas à leur dire ce qu'ils doivent faire. Le Brésil est un état démocratique avec des autorités élues, un débat public. Ses citoyens sont responsables. C'est un principe vieux comme l'ONU (et même plus vieux): l'égale souveraineté des États. Il a permis entre autre l'accession à l'indépendance de nombreux pays. Le bien, le bon, le saint n'ont pas à interférer avec ce principe (l'Irak ça vous dit quelque chose?). L'écologie ne doit pas être une injonction mais un débat, rationnel, appuyé sur des travaux scientifiques. Combien de mesures censées préserver l'environnement se sont révélées sottes et sans effets?

Je suis persuadé que peu de signataires ont lu le texte qu'ils signent. D'abord car les arguments mis en avant sont: Raoni, Amazonie, et que la question posée est simple: Le Brésil veut-il en finir avec le poumon de la Terre. C'est très bon sur le plan marketing et ça donne bonne conscience. Ce n'est pas un débat. C'est une lutte contre le mal absolu, on attend la version filmée par Roland Emmerich. Le signataire, lui, a sans doute découvert Belo Monte en même temps que sa signature. Si seulement, ça pouvait lui permettre de se renseigner un peu sur cet Etat...

Ce sympathique internaute, signataire, que tu es peut-être ami lecteur, peut-il mieux savoir que les brésiliens ce qui est bon pour eux? Non, car tu n'as ni accès à l'ensemble des arguments des camps opposés, ni accès à une connaissance empirique de l'état des lieux de ce pays. Par ailleurs, tu n'es pas tenu par la construction de ce barrage, elle n'aura que peu d'impact sur ta vie. Voilà pourquoi un brésilien a plus de chances que toi de savoir ce qu'il faut faire et si ce barrage est nécessaire ou non, si son impact est important ou non sur l'environnement. Toi, Français, Belge ou autre, tu peut savoir ce qu'il faut faire près de chez toi, à Millau ou Saint-Denis de la Réunion, certainement pas au Brésil. Allez fais comme-moi, fais un geste pour le débat rationnel: retire ta signature de cette pétition.

Nicolas Bonin
* Créé par un certain Antoine Vauthier

lundi 6 juin 2011

manifeste Puerta del sol

Voici un manifeste circulant, il a été rédigé par des manifestants espagnols du mouvement de la Puerta del sol. Je le livre, à votre méditation.

Aquí teneis el manifiesto del movimiento 15-M de Sol 
Estas son las propuestas aprobadas en la asamblea de la protesta de Sol. Dificilmente se oirán en los medios y la página web no para de caerse así que está bien difundirlas por email.
Voici les propositions approuvées par l'assemblée de la protestation de Sol.


Propuestas Propositions

Estas son algunas de las medidas que, en cuanto ciudadanos, consideramos esenciales para la regeneración de nuestro sistema político y económico. ¡Opina sobre las mismas y propón las tuyas en el foro!
Voici quelques mesures que nous considérons, en tant que citoyens, essentielles pour la régénération de notre système politique et économique. Donne ton opinion sur celles-ci et propose les tiennes sur le forum!
1. ELIMINACIÓN DE LOS PRIVILEGIOS DE LA CLASE POLÍTICA:
Élimination des privilèges de la classe politique:
o   Control estricto del absentismo de los cargos electos en sus respectivos puestos. Sanciones específicas por dejación de funciones.
Contrôle strict de l'absentéisme des élus à leurs postes respectifs. Sanctions spécifique pour abandon de fonction.
o   Supresión de los privilegios en el pago de impuestos, los años de cotización y el monto de las pensiones. Equiparación del salario de los representantes electos al salario medio español más las dietas necesarias indispensables para el ejercicio de sus funciones.
Suppression des privilèges dans le paiement des impôts, les années de cotisations et le montant des pensions. Égalisation du salaire des représentants élus avec le salaire moyen espagnol, en y ajoutant les indemnités nécessaires à l'exercice de leurs fonctions.
o   Eliminación de la inmunidad asociada al cargo. Imprescriptibilidad de los delitos de corrupción.
Élimination de l'immunité associée à la charge. Imprescriptibilité.
o   Publicación obligatoria del patrimonio de todos los cargos públicos.
Publication obligatoire du patrimoine de toutes les charges publics.
o   Reducción de los cargos de libre designación.
Réduction des charges de désignation libre.
 
2. CONTRA EL DESEMPLEO:
Contre le chômage:
o   Reparto del trabajo fomentando las reducciones de jornada y la conciliación laboral hasta acabar con el desempleo estructural (es decir, hasta que el desempleo descienda por debajo del 5%).
Partage du travail en encourageant les réductions de temps de travail et la conciliation jusqu'à en finir avec le chômage structurel (c'est à dire, jusqu'à ce que le taux de chômage atteigne moins de 5%).
o   Jubilación a los 65 y ningún aumento de la edad de jubilación hasta acabar con el desempleo juvenil.
Retraite à 65 ans et aucune augmentation d'âge de départ à la retraite jusqu'à éliminer le chômage des jeunes.
o   Bonificaciones para aquellas empresas con menos de un 10% de contratación temporal.
Des bonifications pour les entreprises qui comptent moins de 10% de contrats de courte durée.
o   Seguridad en el empleo: imposibilidad de despidos colectivos o por causas objetivas en las grandes empresas mientras haya beneficios, fiscalización a las grandes empresas para asegurar que no cubren con trabajadores temporales empleos que podrían ser fijos.
Sécurité de l'emploi: impossibilité de renvois collectifs ou en raison d'objectifs dans les grandes entreprises tant qu'elles sont bénéficiaires, fiscalisation des grandes entreprises pour assurer qu'elles ne cachent pas des emplois de courte durée qui pourraient être des emplois fixes.
o   Restablecimiento del subsidio de 426€ para todos los parados de larga duración.
Rétablissement de l'allocation de 426€ pour tous les chômeurs de longue durée.
3. DERECHO A LA VIVIENDA:
Droit au logement:
o   Expropiación por el Estado de las viviendas construidas en stock que no se han vendido para colocarlas en el mercado en régimen de alquiler protegido.
Expropriation par l'État des logements construits, existants, qui n'ont pas été vendus pour les mettre sur le marché sous le régime d'un loyer protégé.
o   Ayudas al alquiler para jóvenes y todas aquellas personas de bajos recursos.
Aide au paiment du loyer pour les jeunes et toutes les personnes en situation précaire.
o   Que se permita la dación en pago de las viviendas para cancelar las hipotecas.
 Que soit permise la dation en paiement des logements afin de lever les hypothèques.
4. SERVICIOS PÚBLICOS DE CALIDAD:
Des services publics de qualité:
o   Supresión de gastos inútiles en las Administraciones Públicas y establecimiento de un control independiente de presupuestos y gastos.
Supression des dépenses inutiles dans les Administrations Publiques et établissement d'un contrôle indépendant de budgets et dépenses.
o   Contratación de personal sanitario hasta acabar con las listas de espera.
Recrutement de professionnels de la santé jusqu'à épuisement des listes d'attentes.
o   Contratación de profesorado para garantizar la ratio de alumnos por aula, los grupos de desdoble y los grupos de apoyo.
Recrutement d'enseignants pour garantir le nombre raisonnable d'élèves par classes, les dédoublements et les groupes de soutien.
o   Reducción del coste de matrícula en toda la educación universitaria, equiparando el precio de los posgrados al de los grados.
Réduction du coût d'inscription dans tous les cursus universitaires, égalisant le prix des diplômés à ceux des premières années.
o   Financiación pública de la investigación para garantizar su independencia.
Financement publique de la recherche pour garantir son indépendance.
o   Transporte público barato, de calidad y ecológicamente sostenible: restablecimiento de los trenes que se están sustituyendo por el AVE con los precios originarios, abaratamiento de los abonos de transporte, restricción del tráfico rodado privado en el centro de las ciudades, construcción de carriles bici.
Transport public à prix bas, de qualité et d' écologie durable: rétablissement des trains qui sont substitués par le train à grande vitesse aux prix de départ, diminution du prix des abonnements, limitation du transport routier privé dans les centres urbains, mise en place de vélos de villes.
o   Recursos sociales locales: aplicación efectiva de la Ley de Dependencia, redes de cuidadores locales municipales, servicios locales de mediación y tutelaje.
Recours sociaux locaux: application effective de la Loi de Dépendance, réseaux de soignants locaux municipaux, services locaux de médiation et de tutelle.
 
5. CONTROL DE LAS ENTIDADES BANCARIAS:
Contrôle des établissements bancaires:
o   Prohibición de cualquier tipo de rescate o inyección de capital a entidades bancarias: aquellas entidades en dificultades deben quebrar o ser nacionalizadas para constituir una banca pública bajo control social.
Interdiction de tout type de secours ou d'injection de capital a des établissements bancaires: les établissemants en difficultés doivent faire faillite ou être nationalisés pour constituer une banque publique sous contrôle social.
o   Elevación de los impuestos a la banca de manera directamente proporcional al gasto social ocasionado por la crisis generada por su mala gestión.
Augmentation des taxes bancaires de manière directement proportionnelle au coût social occasionné par la crise générée par leur mauvaise gestion.
o   Devolución a las arcas públicas por parte de los bancos de todo capital público aportado.
Restitution des fonds publics par les banques pour tous capitaux publics apportés.
o   Prohibición de inversión de bancos españoles en paraísos fiscales.
Interdiction de placements par les banques espagnoles dans les paradis fiscaux.
o   Regulación de sanciones a los movimientos especulativos y a la mala praxis bancaria.
Contrôle des sanctions données aux mouvements spéculatifs et à la mauvaise praxis bancaire.
 
6. FISCALIDAD:
Fiscalité:
o   Aumento del tipo impositivo a las grandes fortunas y entidades bancarias.
Augmentation du taux d'imposition des grandes fortunes et des établissements bancaires.
o   Eliminación de las SICAV.
Élimination des SICAV.
o   Recuperación del Impuesto sobre el Patrimonio.
Rétablissement de l'Impôt sur le Patrimoine.
o   Control real y efectivo del fraude fiscal y de la fuga de capitales a paraísos fiscales.
Contrôle réel et effectif de la fraude fiscale et de la fuite des capitaux vers les paradis fiscaux.
o   Promoción a nivel internacional de la adopción de una tasa a las transacciones internacionales (tasa Tobin).
Promouvoir au niveau international l'adoption d'une taxe sur les transactions internationales (taxe Tobin).
 
7. LIBERTADES CIUDADANAS Y DEMOCRACIA PARTICIPATIVA:
Libertés citoyennes et démocratie participative:
o   No al control de internet. Abolición de la Ley Sinde.
Non au contrôle d'internet. Abolition de la Loi Sinde.
o   Protección de la libertad de información y del periodismo de investigación.
Protection de la liberté d'information et du journalisme d'investigation.
o   Referéndums obligatorios y vinculantes para las cuestiones de gran calado que modifican las condiciones de vida de los ciudadanos.
Référendums obligatoires et inaliénable pour les questions de grande envergure qui modifient les conditions de vie des citoyens.
o   Referéndums obligatorios para toda introducción de medidas dictadas desde la Unión Europea.
Référendums obligatoires pour toute introduction de mesures dictées par l'Union Européenne.
o   Modificación de la Ley Electoral para garantizar un sistema auténticamente representativo y proporcional que no discrimine a ninguna fuerza política ni voluntad social, donde el voto en blanco y el voto nulo también tengan su representación en el legislativo.
Modification de la Loi Electorale pour garantir un système véritablement représentatif et proportionnel qui ne discrimine aucune force politique ni volonté sociale, dans lequel le vote blanc et le vote nul aient aussi leur représentation législative.
o   Independencia del Poder Judicial: reforma de la figura del Ministerio Fiscal para garantizar su independencia, no al nombramiento de miembros del Tribunal Constitucional y del Consejo General del Poder Judicial por parte del Poder Ejecutivo.
Indépendance du Pouvoir Judiciaire: réforme de la présidence du Ministère de la fiscalité dans le but de garantir son indépendance, non à la nomination de membres du Tribunal Constitutionnel et du Conseil Général du Pouvoir Judiciaire par ceux du Pouvoir Exécutif.
o   Establecimiento de mecanismos efectivos que garanticen la democracia interna en los partidos políticos.
Mise en place de mécanismes effectifs qui garantissent la démocratie au sein des partis politiques.
 
8. REDUCCIÓN DEL GASTO MILITAR
 Réduction du coût militaire
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mercredi 18 mai 2011

Elu, je m'abstiens

Cette critique a été rédigée pour le Quotidien de la Réunion, le 13 mai, dans le cadre de Leu Tempo festival à Saint-Leu, où la troupe Theatr'groupe jouait "Elu".

Fête des élus, mercredi soir à la Ravine. Le spectacle du theatr’ groupe est plein de bonnes intentions mais sa durée, trop longue, et son côté décousu gâchent l’ensemble. Un programme qui pêche sur le plan politique par son manque de lisibilité.

Rire des politiques est, paraît-il, le sport préféré des Français. Mercredi à la Ravine, le public du theatr’ groupe est plutôt bon. Il rit. Moi, pas toujours. Il y a pourtant de belles promesses. Dès l’accueil, par exemple, on frise le jeu de rôle. Les tables sont en épis de blé, le logo du «Mouvement», un petit parti bleu et blanc qui va fêter son millième militant, nous plonge dans l’ambiance.

Au micro, Martine, militante chevronnée, joue son rôle de maîtresse des lieux. Le «dir com» vient serrer des louches... à la Chirac. C’est le profil du quadra à grandes dents, qui attend son heure. Le grand chef, lui, ne viendra pas, mais son ami de trente ans, Robert, arrive... en voiture. Jusque-là ça va, les acteurs ont la gueule de l’emploi. Mais voilà, en politique comme en humour, il faut choisir et le mouvement s’essouffle de ne pas le faire.


Il fallait choisir

Desproges riait des politiques avec un humour noir anarchiste, les Inconnus avec un cynisme désespéré, les Guignols caricaturent au vitriol. «Elu» ne choisit pas. On passe du jeu de rôle – véritable bonne idée de la pièce – à des gags clownesques entre des discours qui ne sont pas si creux que ça. Le second degré se noie derrière les gesticulations. La tarte à la crème est même convoquée.

Les personnages sont polymorphes. Martine, militante organisatrice, est aussi une élue qui vise la présidence du parti. Ça fait beaucoup pour une seule pièce. Les personnages eux en perdent leur identité, un peu comme si Polichinelle devenait soudainement le capitaine Fracasse après avoir été Pierrot.

Parfois le spectacle emprunte des «faits réels» : Francky Vincent en karaoké à la manière de Tiberi en 2001, discours sur le thème «Ayez confiance» et ambiance ringardo-américaine comme seuls quelques partis en ont le secret. Pour le reste, c’est difficile de reconnaître un véritable parti. Dommage, les motions et autres simagrées auraient pu faire rire. Manipuler la foule aussi, comme la troupe l’esquisse en retournant le public en faveur de Martine.

Ah s’ils avaient poussé plus en avant le jeu de rôle... Que diable nous embarque-t-on dans des digressions qui nous entraînent loin de la «fête» avec des personnages sortis des Deschiens? Pourquoi mélanger le grotesque des taste-vin, un pseudo prix langue de bois avec l’impression que les personnages tiennent des discours sensés sur le bougisme contemporain, le mépris du vote des Français en 2005 ou la domination de l’émotionnel en politique?

Finalement, c’est le personnage de Jean qui semble conclure : «Je me demande moi, si on savait ce qu’on voulait leur dire». Le spectacle s’arrête, le public a l’air content. Je me dis que c’est peut-être la politique qui ne me fait plus rire.


Nicolas BONIN